Grand déconstructeur d'image, c'est ainsi qu'il s'est révélé, peu à peu à mes yeux. Mais Son œuvre d’images, comme toutes les œuvres, est construite.

Derrida réfléchissait puis écrivait, Carta photographie puis manipule. Cartes, on trouve chez l’un comme chez l’autre la force repérée chez Michel-Ange, la « gravità ». Mais Carta s’amuse, sans doute plus que la plupart des philosophes ou des peintres renommés. Un Derrida, oui, mais qui déride !, pourrait-on dire...L'architecture générale de sa production est impossible à décrire, on n’en voit qu'un petit bout à la fois. Comme chez un Keith Haring, le sens des images est si étendu, qu’on hésite à le réduire par quelques interprétations :

À ce niveau de création-déconstruction, c'est l'image qui gagne sur le discours... Après plusieurs années de familiarisation et d’apprentissage, sa production est allée chercher la vie dans l’espace des paysages et des portraits, comme on cherche l’eau des déserts. La vie était toujours présente, mais souvent rare : pour un spectateur sans vie intérieure, elle pouvait même rester invisible, introuvable…

Peu à peu, les voyages ont enrichi le vocabulaire des thèmes, sujets, etc…, les femmes aussi. Les déserts des continents africains et européens se sont naturellement mêlés aux déserts urbains ou « humains »… L'auteur s'est constitué une immense banque de ressources visuelles, avec laquelle il s'est mis à jouer. Il a commencé à déconstruire l'édifice patiemment érigé. Ses jeux furent chimiques, avant l'arrivée du numérique ; mais aussi "alchimiques" : Il a montré l'or sous une lumière de plomb…

Puis les règles ont changé. Avec le numérique, le jeu s'est amplifié. Au delà de tout dogmatisme dans ce domaine, Carta a joué de plus en plus de cartes, jusqu’à une maîtrise maintenant acquise. Mais à mêler autant sur des espaces aussi vastes qu'intimes, on ne devient pas impunément "Le photographe de son temps", du jour au lendemain ! Le temps met du temps à le repérer...

Son travail ? : Parfois très violent, sans jamais être vulgaire, parfois très doux sans jamais être mièvre, ou lénifiant ; Spirituel dans le sens d'une profondeur d'esprit certaine, d'une sensibilité visuelle exceptionnelle… 'œuvre photographique de l'auteur s'étend jusqu'à l'indicible limite où la vie semble s'échapper, où le trouble est inévitable. Alors, émouvantes ou glaciales, les photos exposées par Vito Carta ont cependant échappé miraculeusement au cynisme ambiant ! Je ne demande pas au lecteur de me croire, le monde est aussi assez sceptique..., mais outre l'humour, un équilibre subtil a déjà sauvé les productions de l'Auteur de l'oubli ou de l'indifférence...

Laurent L’Hôte

2008